Publié le  par Philippe

DSA : WhatsApp dépasse les 45 millions d'utilisateurs en Europe et entre dans le viseur de Bruxelles

DSA : WhatsApp dépasse les 45 millions d'utilisateurs en Europe et entre dans le viseur de Bruxelles

Longtemps restée à l’écart des contraintes les plus strictes imposées aux géants du numérique, WhatsApp entre dans une nouvelle ère réglementaire en Europe. L’application de messagerie de Meta vient de dépasser le seuil symbolique des 45 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans l’Union européenne, un chiffre qui change radicalement son statut aux yeux de Bruxelles. Désormais, la Commission européenne envisage sérieusement de requalifier WhatsApp en « très grande plateforme en ligne » (VLOP), la faisant basculer sous le régime exigeant du Digital Services Act (DSA).

Une évolution lourde de conséquences pour Meta, qui voyait jusqu’ici WhatsApp comme un service à part dans son écosystème, davantage assimilé à une messagerie privée qu’à un réseau social classique.

Le seuil des 45 millions, un point de bascule réglementaire

Le Digital Services Act est clair : toute plateforme dépassant 45 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans l’UE est automatiquement susceptible d’être classée parmi les VLOP. Cette désignation entraîne un ensemble d’obligations renforcées en matière de modération, de transparence et de gestion des risques.

Jusqu’à présent, WhatsApp évoluait sous le radar de ces règles strictes. Son positionnement historique comme service de communication privée lui permettait d’échapper à certaines exigences imposées à Facebook ou Instagram. Mais avec une audience européenne désormais comparable à celle de grands réseaux sociaux, cet argument ne convainc plus les régulateurs.

La Commission européenne a confirmé avoir entamé la collecte et l’analyse des données d’audience fournies par Meta, afin de statuer formellement sur le statut de WhatsApp. Un porte-parole de l’exécutif européen a d’ailleurs reconnu que la désignation était « activement à l’étude », sans exclure une décision prochaine.

WhatsApp Channels dans le viseur de Bruxelles

Si WhatsApp dans son ensemble franchit un cap, c’est surtout sa fonctionnalité Channels qui cristallise l’attention des autorités. Lancés pour permettre la diffusion de messages unilatéraux à grande échelle, ces canaux publics rapprochent clairement WhatsApp d’un modèle de réseau social.

Selon les chiffres relayés par Reuters, WhatsApp Channels comptabilisait en moyenne 51,7 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans l’Union européenne au premier semestre 2025, bien au-delà du seuil critique du DSA. Un niveau d’audience qui place cette fonctionnalité dans la catégorie des services à forte influence sociétale.

Pour Bruxelles, la distinction entre messagerie privée et canaux publics est essentielle. Les Channels, considérés comme des espaces ouverts, impliquent des enjeux similaires à ceux des plateformes sociales traditionnelles : propagation de désinformation, contenus illicites, manipulation de l’opinion ou encore risques pour la sécurité des utilisateurs.

Des obligations lourdes pour Meta

En cas de désignation officielle comme VLOP, Meta devra profondément revoir la gestion de WhatsApp. Le DSA impose notamment :

  • La mise en place de systèmes proactifs pour détecter et limiter la diffusion de contenus illégaux (fraudes, phishing, images ou vidéos illicites).
  • Une transparence accrue sur les algorithmes, notamment ceux qui recommandent des contacts, des groupes ou des canaux.
    La publication régulière de rapports détaillés sur la modération des contenus, les suppressions effectuées et les mesures prises contre la désinformation.
  • Des évaluations annuelles des risques systémiques, couvrant des enjeux comme la manipulation de l’information, le cyberharcèlement ou la diffusion de contenus dangereux.

Ces évaluations devront être soumises à des audits indépendants, et toute défaillance identifiée devra être corrigée rapidement sous peine de sanctions.

Une pression financière considérable

L’enjeu est loin d’être symbolique. En cas de non-respect des obligations du DSA, les sanctions peuvent atteindre 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial de l’entreprise concernée. Pour Meta, dont les revenus dépassent les 130 milliards de dollars, l’amende maximale pourrait frôler les 8 milliards de dollars.

Un risque financier majeur, d’autant que le groupe américain est déjà sous surveillance renforcée en Europe. En 2025, Meta a été épinglée à plusieurs reprises pour la gestion des contenus illicites sur Facebook et Instagram. Un tribunal néerlandais est même allé jusqu’à exiger une refonte de certains systèmes de recommandations personnalisées, estimant que les utilisateurs ne disposaient pas d’un contrôle suffisant sur les choix algorithmiques.

WhatsApp, un pilier stratégique fragilisé

Pour Meta, WhatsApp représente un actif stratégique essentiel. Bien que l’application génère encore relativement peu de revenus directs, elle constitue un point d’entrée privilégié vers des milliards d’utilisateurs à travers le monde. Son évolution vers des formats plus publics, comme les Channels, s’inscrit dans une logique de diversification et de monétisation progressive.

Mais cette transformation comporte désormais un revers : plus WhatsApp se socialise, plus elle s’expose à la régulation européenne. Gérer l’application comme une plateforme classique pourrait fragiliser les ambitions économiques de Meta, tout en complexifiant la promesse initiale de confidentialité qui a fait le succès du service.

Un signal fort envoyé par l’Europe

En envisageant la requalification de WhatsApp, Bruxelles envoie un message clair aux géants de la tech : aucun service numérique d’envergure n’échappera durablement au cadre du Digital Services Act. Pour la Commission européenne, WhatsApp est devenu un acteur incontournable de la sphère numérique, touchant désormais près d’un Européen sur dix.

Comment Meta réagira face à cette pression réglementaire croissante ? À ce stade, l’entreprise n’a pas officiellement commenté la procédure en cours. Mais une chose est certaine : l’ère de la messagerie « à part » semble toucher à sa fin, et WhatsApp pourrait bien devenir le prochain champ de bataille entre innovation technologique et régulation européenne.


 
 
 

 
 
 
 
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