Publié le  par Philippe

Et si la réalité virtuelle rendait le don du sang moins stressant ? Samsung tente l'expérience avec le Galaxy XR

Et si la réalité virtuelle rendait le don du sang moins stressant ? Samsung tente l'expérience avec le Galaxy XR

Samsung veut montrer que la réalité étendue peut avoir une utilité bien plus concrète que le jeu vidéo, le divertissement ou la productivité. Le groupe sud-coréen s’est associé à Abbott, acteur mondial de la santé, pour imaginer une nouvelle manière d’accompagner les donneurs de sang au moment du prélèvement. L’objectif : rendre l’expérience plus confortable, plus immersive et potentiellement moins stressante grâce à un casque Galaxy XR capable de plonger les utilisateurs dans un univers virtuel apaisant pendant la durée du don.

Cette initiative, développée avec le soutien de la Croix-Rouge coréenne, a connu une première concrétisation le 2 juin à la Samsung Digital City de Suwon, en Corée du Sud, à l’occasion d’une campagne de don organisée dans le cadre de la Journée mondiale du don de sang. Des employés du groupe ont ainsi pu tester ce dispositif inédit, pensé pour transformer un moment souvent perçu comme monotone, voire anxiogène, en une expérience plus engageante.

Un jardin zen virtuel pour détourner l’attention du donneur

Concrètement, le programme repose sur l’utilisation du Galaxy XR, le dispositif de réalité étendue de Samsung. Une fois équipé, le donneur est immergé dans un décor inspiré d’un jardin zen. L’expérience a été conçue pour être la plus simple possible : aucun geste de la main, aucune manette, aucun contrôleur externe. Tout se fait par le regard. En fixant certains éléments de l’environnement, l’utilisateur peut faire pousser des graines virtuelles, voir éclore des fleurs ou grandir des arbres autour de lui, dans une séquence de 3 à 5 minutes qui accompagne le temps du prélèvement.

Le tout s’inscrit dans une ambiance volontairement apaisante, avec une bande sonore développée en collaboration avec l’Orchestre symphonique de Chicago. Le but n’est pas uniquement de proposer une démonstration technologique, mais bien de créer une bulle sensorielle susceptible d’atténuer l’appréhension, l’ennui ou la sensation d’immobilité qui accompagnent souvent un don de sang.

Pour Samsung, cette expérimentation illustre une évolution plus large de la place de la réalité mixte dans les usages du quotidien. « À l’heure où la frontière entre le monde physique et le monde numérique ne cesse de s’estomper, le don de sang n’est plus forcément synonyme de stress », souligne James Pak, vice-président de l’équipe Global Mobile B2B chez Samsung Electronics. À travers ce projet, le groupe cherche aussi à démontrer que le Galaxy XR peut trouver sa place dans des contextes à forte valeur sociale, bien au-delà des usages grand public traditionnels.

Une application pensée pour les environnements de santé

L’intérêt du projet ne se limite pas à l’expérience vécue par le donneur. Abbott, partenaire de l’opération, y voit également un outil pertinent pour les professionnels de santé et les établissements impliqués dans la collecte de sang. L’entreprise estime que ce type de dispositif peut contribuer à moderniser l’accompagnement des donneurs sans perturber le travail des équipes médicales.

Miguel Carrazza, membre de la division Médecine transfusionnelle chez Abbott, met en avant la compatibilité de cette solution avec les contraintes du soin. Selon lui, le Galaxy XR, reposant sur Android XR, constitue une avancée notable pour les programmes de don de sang en réalité mixte, notamment parce qu’il permet au personnel médical de garder un suivi simple des donneurs tout en laissant ces derniers interagir naturellement avec leur environnement virtuel. Autrement dit, la technologie ne doit pas s’interposer entre le soignant et le donneur, mais au contraire s’intégrer discrètement dans le parcours de don.

Cette dimension est essentielle. Dans un centre de collecte, la priorité reste la sécurité, la fluidité de la prise en charge et la capacité du personnel à surveiller l’état du donneur. L’enjeu pour Samsung et Abbott consiste donc à proposer une expérience suffisamment immersive pour capter l’attention, mais suffisamment légère et intuitive pour ne pas compliquer le déroulement médical de l’opération.

Réduire le stress, mais aussi l’ennui lié au temps du prélèvement

Au-delà de l’aspect technologique, cette initiative répond à une problématique très concrète : la perception du don de sang par les donneurs eux-mêmes. Si l’acte est généralement rapide et encadré, il impose de rester immobile plusieurs minutes, dans un contexte qui peut paraître répétitif pour les donneurs réguliers ou impressionnant pour les nouveaux venus.

Les témoignages recueillis par Samsung lors de la campagne de Suwon vont dans ce sens. Geunwoo Park, collaborateur de la division Réseaux, explique qu’il donne son sang au moins une fois par an mais considère l’expérience comme un peu monotone, en raison de l’obligation de rester assis sans bouger. L’utilisation du Galaxy XR lui a, selon ses mots, rendu le moment plus agréable en offrant quelque chose d’intéressant à observer pendant le prélèvement.

Même retour du côté de Gangsu Kim, employé de la division Visual Display et donneur expérimenté, qui a effectué à cette occasion son 20e don de sang. Il décrit une expérience singulière, marquée par l’aspect interactif du contenu, capable de réagir à la direction du regard. Un détail qui souligne l’une des ambitions du dispositif : ne pas se contenter de distraire passivement, mais créer un minimum d’implication de la part du donneur.

Ce positionnement est stratégique. En rendant le don plus confortable et moins perçu comme une contrainte, Samsung et Abbott espèrent contribuer à améliorer l’adhésion des participants, voire encourager une partie des donneurs à renouveler l’expérience plus facilement.

Un projet qui s’inscrit dans une démarche internationale déjà bien installée

Cette expérimentation ne part pas de zéro. Abbott et plusieurs organisations de la Croix-Rouge collaborent depuis 2016 sur des campagnes de don de sang menées dans près de 30 pays. L’arrivée du Galaxy XR s’inscrit donc dans un dispositif plus vaste, déjà structuré à l’échelle internationale, auquel la réalité étendue vient ajouter une nouvelle couche d’expérience.

Samsung et Abbott expliquent désormais vouloir déployer ce programme lors d’événements organisés dans d’autres régions du monde, notamment aux États-Unis et en Malaisie. L’idée est de ne pas limiter le concept à une démonstration ponctuelle en Corée, mais d’en faire un outil capable d’accompagner des opérations de collecte à plus grande échelle, dans des contextes variés.

 Une démonstration de la XR comme outil de service

Pour Samsung, cette opération a aussi valeur de vitrine. Le marché de la réalité étendue cherche encore ses usages de masse, et les fabricants multiplient les démonstrations pour prouver que ces appareils peuvent répondre à autre chose qu’à des besoins de loisir ou de productivité individuelle. En s’attaquant à un domaine comme le don du sang, le groupe sud-coréen tente de repositionner la XR comme un outil de service, susceptible d’améliorer une expérience de santé sans pour autant se substituer à l’acte médical lui-même.

L’approche retenue est d’ailleurs révélatrice d’une évolution du discours autour de ces technologies. Là où la réalité virtuelle a longtemps été présentée comme un univers parallèle destiné à divertir, la réalité mixte et la XR cherchent désormais à s’insérer dans des situations très concrètes : formation, assistance, accompagnement, pédagogie, et désormais don du sang. L’ambition n’est plus seulement d’impressionner, mais de démontrer une utilité immédiate et mesurable.

Dans le cas présent, la promesse est double. D’un côté, rendre le don plus agréable pour les participants en réduisant le stress ou l’ennui. De l’autre, offrir aux professionnels de santé un outil compatible avec leurs contraintes opérationnelles. Si l’expérimentation confirme son intérêt à grande échelle, elle pourrait ouvrir la voie à d’autres usages de la XR dans le parcours patient, que ce soit pour accompagner certains soins, améliorer l’accueil ou aider à gérer l’anxiété liée à des actes médicaux.

Un terrain d’expérimentation à fort potentiel pour la santé connectée

Cette collaboration entre Samsung et Abbott illustre plus largement la convergence croissante entre l’électronique grand public, les plateformes logicielles immersives et les besoins du secteur médical. Les fabricants de terminaux cherchent de nouveaux débouchés pour leurs écosystèmes, tandis que les acteurs de la santé s’intéressent à des outils capables d’améliorer l’expérience patient sans alourdir les procédures.

Le don de sang constitue, à cet égard, un terrain d’expérimentation particulièrement pertinent. L’environnement est très encadré, la durée de l’interaction est relativement courte, et les bénéfices potentiels ( apaisement, distraction, fidélisation des donneurs) sont faciles à identifier. En cas de résultats probants, ce type d’expérience pourrait rapidement être adapté à d’autres contextes, comme certains prélèvements, des examens ou des soins nécessitant immobilité et gestion du stress.

Pour l’heure, Samsung et Abbott misent sur une montée en puissance progressive, en s’appuyant sur les retours des donneurs, des équipes médicales et des banques de sang. Mais l’initiative donne déjà un aperçu de ce que pourrait devenir la réalité étendue lorsqu’elle quitte le terrain de la simple démonstration technologique pour se mettre au service d’un geste concret, utile et universel.


 

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