Publié le  par Philippe

Realme perd son indépendance et passe sous le contrôle d'Oppo

Realme perd son indépendance et passe sous le contrôle d'Oppo

Il y a des annonces qui font l’effet d’un simple ajustement stratégique, et d’autres qui résonnent comme un véritable séisme. La réintégration officielle de Realme dans le giron d’Oppo appartient clairement à la seconde catégorie. Huit ans après son émancipation, la marque qui s’était imposée comme l’un des trublions les plus agressifs du marché mondial du smartphone abandonne son statut d’entreprise autonome pour devenir une sous-marque à part entière du géant chinois Oppo. Une décision lourde de sens, révélatrice d’un secteur arrivé à maturité, où l’heure n’est plus à la multiplication des labels mais à la rationalisation des forces.

De l’outsider audacieux au pilier du milieu de gamme

Fondée initialement comme une filiale d’Oppo avant de prendre son indépendance à la fin des années 2010, Realme s’est rapidement imposée comme l’un des acteurs à la croissance la plus fulgurante de la décennie. En Europe comme en Inde, la marque a bâti sa réputation sur une équation simple mais redoutablement efficace : des fiches techniques ambitieuses, des innovations visibles parfois audacieuses,  et des prix systématiquement agressifs.

Avec des modèles estampillés « flagship-killer », à l’image des récents Realme GT, le constructeur est parvenu en quelques années à faire trembler des acteurs solidement installés comme Samsung ou Xiaomi. Cette montée en puissance éclair a donné l’illusion d’une concurrence interne au sein de la galaxie BBK  devenue depuis Oplus où chaque marque semblait jouer sa propre partition.

Mais cette indépendance n’a jamais été totalement réelle.

Une séparation largement théorique

Derrière les discours officiels, Realme n’a jamais quitté l’orbite technologique et industrielle d’Oppo. Recherche et développement partagés, chaînes d’approvisionnement communes, similarités matérielles évidentes et interfaces logicielles quasi jumelles : Realme UI, ColorOS et OxygenOS ont longtemps été les différentes faces d’une même pièce.

La confirmation de cette réintégration, révélée par plusieurs médias chinois puis confirmée par Reuters en marge du CES 2026, ne fait finalement que formaliser une réalité déjà bien installée. Realme devient une sous-marque officielle d’Oppo, au même titre que OnePlus depuis sa propre absorption en 2021. Le fondateur de Realme, Sky Li, reste à la manœuvre, mais désormais sous la supervision directe du groupe Oppo.

Mutualiser pour survivre dans un marché arrivé à saturation

Pourquoi maintenant ? La réponse tient en un mot : efficience. Le marché mondial du smartphone a atteint un plateau. Les volumes stagnent, voire reculent. Counterpoint anticipe une baisse de 2,1 % des livraisons mondiales en 2026, accompagnée d’une hausse sensible du prix moyen des smartphones, estimée à près de 7 %. À cela s’ajoutent des tensions persistantes sur les chaînes d’approvisionnement, notamment autour des puces mémoire, de plus en plus accaparées par le boom de l’intelligence artificielle.

Dans ce contexte, maintenir des structures parallèles avec deux équipes de R&D, deux départements marketing, deux services RH  pour développer des produits aux bases technologiques quasi identiques devient un non-sens économique. En intégrant Realme, Oppo cherche à réduire drastiquement ses coûts, à peser davantage face aux fournisseurs de composants et à optimiser ses capacités de production à l’échelle mondiale.

Une clarification stratégique des gammes

Cette réorganisation s’accompagne d’une clarification des rôles désormais assumée. Oppo se positionne plus que jamais comme la marque premium et ultra-premium du groupe, vitrine technologique dédiée à l’innovation, aux smartphones pliants et à l’imagerie de pointe. OnePlus conserve son positionnement « premium accessible », tandis que Realme devient officiellement le bras armé du groupe sur l’entrée et le milieu de gamme, à la manière du duo Xiaomi/Redmi.

Sur le papier, la stratégie est limpide. Dans les faits, elle pose une question cruciale : jusqu’où Realme pourra-t-elle aller sans empiéter sur les territoires réservés à Oppo et OnePlus ?

Le spectre du « syndrome OnePlus »

Difficile de ne pas y voir un air de déjà-vu. Lors de l’intégration de OnePlus, la promesse était la même : préserver l’ADN de la marque tout en mutualisant les ressources. Quelques années plus tard, la réalité est plus nuancée. Les smartphones OnePlus sont devenus, à de rares détails près, des Oppo rebadgés, partageant composants, design et logiciel.

Le risque est donc évident pour Realme. À force de rationalisation, la marque pourrait perdre ce qui faisait sa force : une liberté d’innovation et une audace tarifaire parfois dérangeantes, y compris pour sa maison mère. En devenant une simple division, Realme gagne en sécurité financière et en stabilité, mais pourrait aussi se voir bridée pour ne pas cannibaliser les modèles premium d’Oppo.

Quels impacts pour les consommateurs ?

Pour les utilisateurs, le bilan est contrasté. Côté positif, l’unification autour de ColorOS promet des mises à jour plus régulières et une meilleure cohérence logicielle. L’accès au vaste réseau de service après-vente d’Oppo constitue également un avantage non négligeable, notamment sur des marchés clés comme l’Europe, où les deux marques tentent encore de reconstruire leur présence après plusieurs revers judiciaires.

En revanche, l’uniformisation progressive des produits et la possible disparition des « coups d’éclat » tarifaires de Realme pourraient décevoir une partie de sa base historique.

Une manœuvre aussi comptable que stratégique

Derrière cette intégration se cache enfin un enjeu moins visible, mais tout aussi stratégique : celui des parts de marché. Jusqu’à présent, les instituts comme IDC ou Counterpoint comptabilisaient souvent séparément les ventes d’Oppo et de Realme. En réunissant officiellement les entités, Oppo pourrait mécaniquement grimper dans les classements mondiaux, renforçant son poids face aux mastodontes Samsung et Apple.

La fin d’une époque

La réintégration de Realme marque la fin d’un cycle dans l’industrie du smartphone. Celui où les marques se multipliaient pour occuper chaque segment de prix, parfois au prix d’une concurrence artificielle. En 2026, l’heure est à la consolidation, à la réduction des coûts et à la concentration des forces.

Tout l’enjeu sera désormais de déterminer si si Realme parviendra à conserver une identité propre au sein de l’empire Oppo, ou si elle deviendra, à terme, une simple étiquette de plus dans un catalogue de plus en plus homogène. Une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce mouvementée pour l’industrie mobile, et ce rapprochement n’en est probablement que le premier acte.


 
 
 

 
 
 
 
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