Publié le  par Philippe

Gemini entre dans l'écosystème Apple sans que Google ne prenne la main

Gemini entre dans l'écosystème Apple sans que Google ne prenne la main

Rivaux historiques dans l’univers de la technologie, Apple et Google continuent pourtant de démontrer que la concurrence n’exclut pas les alliances pragmatiques. Après des années de collaboration autour du moteur de recherche par défaut de Safari, les deux géants américains viennent de conclure un nouvel accord majeur : l’intégration des modèles d’intelligence artificielle Gemini de Google dans l’évolution de Siri.

L’information a été confirmée par Tim Cook lui-même lors de la conférence téléphonique consacrée aux résultats financiers du premier trimestre de l’année fiscale 2026 d’Apple, correspondant au quatrième trimestre 2025. Un partenariat stratégique, mais soigneusement encadré, qui illustre la ligne de crête sur laquelle Apple entend avancer : accélérer dans l’IA sans céder le contrôle de son architecture ni de sa promesse de confidentialité.

Siri et Gemini : une collaboration sous contrôle

Apple a officialisé que le nouveau Siri s’appuiera sur les capacités de Gemini, le modèle d’IA de Google, dans le cadre de l’entraînement et du renforcement de ses propres modèles. Tim Cook s’est voulu rassurant : cette coopération ne remet pas en cause les fondements techniques d’Apple Intelligence.

« Nous continuerons à fonctionner sur l’appareil et dans le Private Cloud Compute, tout en maintenant nos normes de confidentialité à la pointe du secteur », a déclaré le PDG d’Apple, soulignant que l’expérience utilisateur restera intégralement pilotée par les modèles Apple.

En clair, Gemini n’est pas destiné à devenir un moteur visible ou accessible directement par les utilisateurs. Son rôle se limite à l’arrière-plan : fournir des capacités d’entraînement à grande échelle aux Apple Foundation Models, qui restent les seuls à exécuter les requêtes, soit localement sur l’appareil, soit via l’infrastructure de Cloud privé d’Apple.

Private Cloud Compute, pierre angulaire de la stratégie IA d’Apple

Apple insiste sur un point central : l’architecture d’Apple Intelligence ne change pas. Le traitement des requêtes s’effectue en priorité sur l’appareil, et lorsque le recours au cloud est nécessaire, il passe exclusivement par le Private Cloud Compute.

Cette technologie permet de traiter des demandes complexes sans conserver les données des utilisateurs ni les exposer à des tiers. Une précaution qui explique pourquoi Apple refuse toute dépendance directe à Google pour l’exécution des requêtes Siri, malgré l’utilisation de Gemini dans les phases de formation des modèles.

  • Interrogé par CNBC, Tim Cook a martelé que ce partenariat ne modifie en rien la doctrine maison en matière de vie privée :
  • « Nous n’avons pas changé nos règles de protection de la vie privée. L’architecture que nous utilisons est toujours celle annoncée précédemment. »

Claude, le grand favori… trop cher pour Apple

Selon les révélations de Mark Gurman, journaliste chez Bloomberg, le choix de Gemini n’était pourtant pas celui qu’Apple privilégiait initialement. En interne, la firme de Cupertino misait avant tout sur Claude, le modèle d’IA développé par Anthropic.

Claude était largement utilisé par les équipes d’Apple, y compris pour le développement produit et les outils internes. Certains journalistes internes à l’entreprise y avaient même recours, preuve que le modèle était considéré comme la référence. Apple aurait envisagé de confier à Anthropic la refonte complète de Siri.

Mais la négociation a buté sur un obstacle majeur : le coût. Anthropic aurait exigé environ un milliard à un milliard et demi de dollars par an, avec un tarif doublant chaque année pendant trois ans. Une facture jugée excessive, même pour Apple, qui a finalement préféré se tourner vers Google, avec un accord estimé à environ un milliard de dollars annuels, sans escalade tarifaire comparable.

Un partenariat de raison avec Google

Au-delà de l’aspect financier, Apple et Google entretiennent depuis longtemps des relations commerciales solides. Malgré le procès intenté par le département de la Justice américain contre Google pour pratiques anticoncurrentielles, l’accord sur le moteur de recherche par défaut des appareils Apple a été maintenu après le jugement rendu en septembre dernier.

Dans ce contexte, prolonger la collaboration autour de Gemini s’est imposé comme une solution pragmatique. D’autant plus que cet accord n’est pas exclusif : Apple conserve la possibilité d’intégrer d’autres modèles, comme ChatGPT, dans certaines expériences utilisateur.

Google en soutien, Apple aux commandes

Les informations disponibles dessinent une répartition très claire des rôles. Google agit comme un fournisseur d’outils et de puissance d’entraînement, tandis qu’Apple conserve la maîtrise complète de l’inférence et de l’expérience utilisateur.

Le modèle Gemini utilisé atteindrait environ 1,2 trillion de paramètres, une échelle que peu d’acteurs peuvent aujourd’hui égaler. Ces capacités servent à renforcer les modèles Apple, mais le résultat final reste un modèle propriétaire, exécuté sur l’appareil ou via le Cloud privé d’Apple.

Tim Cook l’a confirmé : les utilisateurs n’interagiront jamais directement avec Gemini.

Feuille de route : Siri nouvelle génération dès iOS 26.4

La première version du nouveau Siri dopé à Apple Intelligence est attendue avec iOS 26.4. Une bêta devrait être proposée dès février, pour un déploiement public envisagé entre mars et avril 2026. À ce stade, seuls les appareils les plus récents, à commencer par l’iPhone 15 Pro, seraient compatibles.

Cette version doit rapprocher Siri des grands modèles de langage actuels en matière de compréhension contextuelle, tout en conservant les garde-fous traditionnels d’Apple en matière de sécurité et de confidentialité.

Une étape supplémentaire est déjà prévue pour la WWDC 2026 : Apple devrait y annoncer une mémoire conversationnelle plus avancée, une meilleure prise en compte du ton et de la prosodie de l’utilisateur, ainsi que des échanges plus naturels. Siri restera toutefois profondément intégré au système, sans devenir une application autonome.

Une stratégie duale assumée

En toile de fond, Apple déploie une stratégie claire : exploiter la puissance des modèles externes pour accélérer l’entraînement, tout en verrouillant l’exécution, les données et l’expérience utilisateur.

Dans un contexte où l’accès aux ressources de calcul hautes performances devient un enjeu critique, cette approche permet à Apple de rester compétitif sans renoncer à ses principes fondateurs. Tim Cook a d’ailleurs rappelé que toute entorse à la promesse de confidentialité exposerait l’entreprise à des risques juridiques majeurs et à une surveillance accrue des autorités américaines.

OpenAI écarté, un concurrent trop direct

Enfin, Mark Gurman apporte un éclairage supplémentaire sur l’absence d’accord avec OpenAI. Contrairement à certaines affirmations récentes, il estime que ce n’est pas OpenAI qui a refusé Apple, mais bien Apple qui a jugé l’alliance impossible.

Avec le recrutement de Jony Ive, le développement présumé d’un appareil concurrent et le débauchage de talents chez Apple, OpenAI est désormais perçu comme un rival direct. Une situation incompatible avec un partenariat stratégique de long terme.

En s’appuyant sur Gemini sans l’exposer aux utilisateurs, Apple trace une voie singulière dans la course à l’intelligence artificielle : avancer vite, s’appuyer sur les meilleurs outils du marché, mais conserver un contrôle total sur la technologie, l’expérience et les données. Une équation complexe, mais cohérente avec l’ADN de la marque.

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